l'Exposition
A porto Viro en Italie....
Je trace pour que cela devienne un signe.
l'Exposition
A porto Viro en Italie....
Sounya expose....
en Italie - Porto Viro
- du 2 au 4 septembre
A la galerie Le Pont des Z'Art......
Du 24 juin au 10 juillet
50 Grande rue
74910 Seyssel
Vernissage: vendredi 1er juillet 2011 à 18 H.
Exposition personnelle de Sounya aura lieu
à Garerie le Pont des Z'Arts à Seyssel
du 24 juin au 10 juillet
Le vernissage: le vendredi 1 er juillet à 18 H 00
Sounya sera présente pour vous acueillir.
L'adresse de la galerie: La grenette. 50 Grande rue, Seyssel 74910
Hier j’étais de bonne humeur dès le matin.
Je méditais assis sur mon coussin.
Quelque chose bougeais autour du pot de fleurs posé sur la table.
J’ai levé la tête et vu un petit oiseau qui était en train de sauter par ici par là.
J’ai aimé l’arrière-plan de cette vision….
Il s’est envolé après un bref moment.
Pourquoi n’est-il pas resté jouer encore plus… ?
J’avais laissé les fenêtres ouvertes à cause de la chaleur et c’est comme cela que c’est arrivé.
Il y a six pots de fleur dans ma chambre.
Je ne sais pas depuis combien de temps qu’ils étaient là. J’ai découvert quelques être minuscules sur les pots.
J’ai pris ma loupe pour les voir de près.
Des bébés escargots et des mini insectes dont je ne connais pas les noms….
D’où sont-ils venus ?
Je leur ai mis des épluchures des fruits, ils sucent habilement le jus des fruits et ne laissent que de la peau.
Il n’y a pas longtemps, j’étais en plein révérence devant l’autel après la méditation quotidienne, et j’ai remarqué un truc gris collé sur la mangue.
Bizarre… ! Je l’ai pourtant bien lavée….
Je me suis rapproché de l’autel et ce que j’ai vu….
Mon dieu !
Un énorme escargot !
Est-ce vrai que j’ai vénéré l’Escargot Bouddha ?
J’ai fini la vénération jusqu’au bout.
Il a dû sentir l’odeur, est monté sur l’autel sans pouvoir résister à la tentation, c’était tellement irrésistible.
Qu’il devait avoir faim !
Finalement je l’ai laissé prendre son repas.
Dans le potager, les piments poussent vigoureusement malgré l’ensemencement tardif.
Je vais bientôt pouvoir déguster les salades, c’est uniquement pour le plaisir de les élever plutôt que de les manger. Une touche de vie….
Par contre les hibiscus ne se portent pas bien et les chrysanthèmes ne sont même pas germés.
La plupart des plantes qui sont dans la cours sont des cactus. Je les salue et converse avec eux sans paroles.
Je remercie le destin et d’être ici simplement.
A Daramsala, Cheongjeon.
- Cheong Jeon est un ami moine avec qui je corresponds régulièrement. Il a publié deux essais en Corée sur sa vie de moine bouddhiste à Daramsala en tant que disciple de Dalai lama.
Ses deux livres étaient très aimés par les lecteurs.
20 ans avec Dalai
lama
Je marche avec
Bouddha
La nuit où une tige de coquelicot poussait de mes jambes, le sang de la fleur coulait comme l’expression d’un déchirement à venir. Tout s’est passé plus vite que la construction de mes pensées. Je me suis vue, j’étais une femme rouge déambulant sur un vieux miroir morcelé.
- écrit le 1 février 2011, tableau : sounya
La nuit arrive
au village montagnard.
De loin,
l’aboiement d’un chien.
J’ouvre le volet,
la lune est accrochée
sur le volet glacé.
Ecoute-moi, le chien !
A quoi bon de gronder
la lune endormie ?
- Chungem ( 18ème siècle ? ), courtisane coréenne
- Taduction et tableau: sounya
Le vœu de Filon d’or
On m’appelle Filon d’or. Je ne sais pas quand et comment, Filon d’or est devenu mon nom. Probablement depuis mon arrivée au village.
Je ne sais pas depuis quand je vis dans ce village. On dit que c’était il y a environ dix ans que je suis apparu comme un caillou traîné par le bout des pieds de n’importe qui. Personne ne faisait attention et un jour j’étais là, et les gens s’en étaient aperçus. Je pense que quelqu’un m’a donné ce nom, parce que je ne savais pas comment je m’appelais et il me fallait un nom.
Je ne me souviens pas grande chose de moi.
Je ne sais pas mon âge. On dit que j’aurais à peu près trente cinq ans. Je n’ai pas de famille, je ne sais pas d’où je viens. Quelqu’un dit que j’étais un surdoué qui a trop travaillé. A force de travailler, ma tête a pété les plombs, et j’ai perdu toute la mémoire. Mais je ne sais pas si c’est vrai. Je ne parais pas trop intelligent. Je sais à peine compter jusqu’à cent.
Par contre, je connais par cœur les noms des poissons et des arbres, des herbes sauvages. Je connais très bien où se cachent les muriers, les châtaigniers, les champignons. Dans la forêt, je ne me perds pas. Les sentiers et les ruisseaux, les sources, je les connais tous.
La forêt est un peu comme ma maison et les animaux sauvages sont ma famille. Je donne un nom à chaque oiseau, à chaque écureuil, à chaque lapin. Dès que je vois un animal, je lui donne un nom, même si j’oublie très vite à qui je l’ai donné et quel nom.
Je sais parler avec les oiseaux, faire venir les serpents et les sangliers. Mais les gens ne savent pas en quoi je suis capable. C’est parce que je ne peux dire que quelques mots, et que je ne peux pas leur expliquer tout ce que je sais faire.
Une chose qui est sûr, c’est que les gens m’appellent Filon d’or, et dès que j’entends mon nom, je cours vite, plus vite qu’une balle de fusil. Il faut courir parce qu’il y a du travail pour moi, cela veut dire aussi que je pourrai manger quelque chose et que je n’aurai pas faim.
Quand j’ai besoin de travailler, j’attends qu’on m’appelle sur la place du village, à côté de la tour monumentale des soldats morts. Puis les gens arrivent pour me chercher.
« Filon d’or, viens ici !
- Filon d’or, viens là ! »
Ils m’appellent comme ça, c’est ce que j’aime.
La plupart des gents sont gentils avec moi sauf certains personnes comme le patron de l’usine de charbon, qui me donnent des gifles quand je ne suis pas assez rapide. J’ai saigné du nez une fois qu’il m’a giflé tellement fort.
« Crois-tu que c’est gratuit de mettre de la colle de riz dans ta bouche ? Bouge ton cul plus vite que ça ! » m’a-t-il crié en s’essoufflant de colère.
Je suis bien habitué de recevoir ses gifles, mais franchement j’ai peur qu’il vienne me chercher.
Je suis gentil, tout le monde le dit.
Surtout je suis bien gentil avec les enfants. Je fais ce que les enfants me demandent, même des choses que je n’aime pas. Je n’aime vraiment pas leur montrer mon zizi, et je me demande pourquoi ils m’obligent de faire une chose pareille. Je ne sais pas trop pourquoi certains garçons me demandent de descendre mon pantalon dès qu’ils me voient.
« Filon d’or, descend ton pantalon ! » m’ordonnent-ils comme si j’étais leur chien.
Je sais que plus tard, quand ils auront des enfants, ils ne feront jamais faire ça à leurs fils, et n’aimeront pas du tout les garçons comme eux. Comme je suis toujours gentil, je descends mon pantalon en leur souriant. Les enfants éclatent de rire en regardant mon zizi. Heureusement il y a des enfants comme Bongou qui ne sont pas d’accord avec eux. Il ne laisse pas faire les garçons me demander de descendre mon pantalon en leur disant que je ne suis pas un chien.
« Ne faites pas aux autres ce que vous n’aimez pas, n’avez-vous pas entendu cela quelque part ? Montrez d’abord vos trucs avant de lui demander de le faire ! » crie-t-il aux enfants.
Les enfants ont très peur de lui et de ses yeux de tigre. Alors ils se sauvent, à reculons, les mains dans les poches de pantalon.
Monsieur le Maire qui a le nez de fraise et le ventre de ballon de foot parce qu’il aime trop l’alcool de raisin rouge et la grillade de travers de porc, m’a dit que je devais apprendre à me défendre et que je ne devais pas laisser les enfants faire ce genre de truc.
« Donne leur un coup de poing, c’est tout ! Toi, tu leur souris. Non, ça ne marche pas comme ça, Filon d’or. » m’a-t-il dit, en serrant son poing, en le secouant devant son nez rouge qui n’a jamais changé de couleur.
« Tu sais ce que veut dire un coup de poing ? Un coup de poing, c’est de la force et du pouvoir. Donner un coup de poing, c’est se faire respecter. Si tu ne sais pas donner un coup de poing à ton ennemi, tu es cuit. » a-t-il ajouté.
Je ne sais pas donner un coup de poing, je n’ai jamais appris. Rien que de penser à frapper qui que soit, mon cœur commence à battre vite, et de plus en plus vite. Il bat tellement fort, tellement vite que je tremble comme si j’étais tout glacé. Je n’arrive plus arrêter mes dents qui claquent entre elles. Alors comment veut-il que je leur donne un coup de poing ? Je n’arriverai jamais.
Même si je n’ai plus de travail, je peux toujours aller à l’orphelinat. Là-bas, la mamie me donne toujours à manger. J’arrive devant chez elle, et ses quatre chiens aboient tous en même temps. C’est comme ça que la mamie apprend que je suis là et que je suis venu chez elle pour manger. Elle me fait d’abord asseoir dans un coin du jardin au bord d’un petit étang. Puis elle me dit avant de repartir aussitôt :
« Attendez un peu. J’arrive. »
Alors je l’attends en regardant les dix poissons rouges qui vivent dans l’étang. Pendant que je l’attends, les chiens viennent jouer avec moi. Ils me gratouillent partout, ils sucent mes mains et mes joues. Ils ne disent jamais que je suis sale et que je suis puant, comme certains villageois. Le plus grand chien s’appelle Argent, le deuxième Santé, le troisième Chance, le quatrième Crotte. Crotte est le plus fragile, c’est pour ça que Mamie lui a donné ce nom pour qu’il vive longtemps.
En attendant que mamie m’apporte à manger, je n’arrête pas d’avaler de la salive. Je pense trop à la nourriture que la mamie va apporter. Je ne pense qu’à la soupe de choux et aux morceaux de porc qui nagent dedans et qui vont fondre dans ma bouche dès que je l’attrape en grande cuillère et l’avale d’un seul coup. J’ai presque le vertige au moment où la viande glisse dans la gorge en diffusant le délicieux parfum de choux épicé.
Chez l’orphelinat, il y a beaucoup d’enfants. Un jour j’ai réussi à les compter. Ils étaient onze : six filles et cinq garçons. Mais je ne connais pas encore tout leurs noms. Ils me disent tous bonjour avec un grand sourire. La mamie leur a dit qu’un mendiant était l’incarnation de Dieu ou de Bouddha et qu’il fallait faire très attention avec leur apparence trompeuse, car le Dieu et le Bouddha voulaient voir si nous avions vraiment de la compassion avec les gens pauvres. Bien sûr que le mendiant c’était moi. Mais je ne savais qui était Dieu, ni Bouddha. Ils doivent être quelqu’un d’important. De toute manière, je mange bien chez elle, c’est ça qui compte. Chaque fois qu’elle me sert à manger, elle pose gentiment une petite table devant moi, et elle s’incline.
« Bonne appétit et donnez-moi mille chances ! »
C’est ce qu’elle répète devant moi, les mains jointes. Je ne sais pas quoi faire, parce que je ne sais pas comment lui donner milles chances, je n’ai rien à lui donner, si ce n’est mon bon appétit. Je saute alors sur la nourriture comme un loup affamé, avale l’énorme bol de riz et la soupe de choux chaude. Je n’ai même pas le temps de mâcher, j’ai tellement faim.
« Prenez lentement, personne ne volera votre nourriture. Sinon vous allez vous étouffer. » me dit-elle.
Je mange trop vite je sais, mais je ne peux pas faire autrement. Ma gorge me crie et aspire vite la nourriture vers le ventre. Le cri de la faim me fait peur, alors je me précipite pour ne plus l’entendre. C’est pour ça que je m’étouffe souvent en mangeant. De temps en temps la mamie claque sa langue et soupire fort en me regardant.
« Ce n’est pas votre faute. Je vous assure, ce n’est pas votre faute. » murmure-t-elle ainsi.
Je ne vais pas chez elle trop souvent et elle m’a dit que j’étais quelqu’un de raisonnable. Quelques fois j’ai très faim mais je ne vais pas chez elle pour être raisonnable même si je tremble du cri de faim qui raisonne de mon ventre.
Normalement je dors à la place du village, à côté du monument des soldats morts. Cette place est vraiment magnifique. La nuit, je peux dormir sous les milles yeux brillants des étoiles qui clignent joliment. Parfois le ciel est tellement limpide que je vois un énorme de tapis d’étoiles qui flotte juste devant mes yeux. J’ai un truc pour faire tomber la poudre d’étoiles sur moi, il suffit de fermer les yeux après les avoir regardé longtemps. Je les vois descendre lentement toute brillante de différente couleur. Puis elles se posent sur moi sans faire un bruit. Après elles m’emmènent doucement dans le ciel du sommeil, c’est comme ça que je m’endors sous la couverture étoilée. Le matin, je sens encore sur ma poitrine et sur mon ventre la sensation doucereuse de poudre des étoiles.
Tant qu’il ne fait pas froid, je dors où je veux. Dans les champs, sous le pont, sur la place du village, où je veux. S’il pleut, je vais chez les fermiers. Je marche devant le portail d’un fermier, à droite et à gauche jusqu’à ce qu’il me remarque. Puis il m’ouvre pour que je dorme à côté des vaches qui ne me donnent jamais de coups de pieds. Ou dans une cage de chien quand seulement le chien veut bien dormir avec moi. Le chien du père de Bongou est le plus gentil du village même s’il suce trop mon visage et qu’il me met trop de salive. Il est grand et gros avec des poils blancs et de longues oreilles pendantes. Il ne me rejette jamais. Je dors bien, allongé contre son ventre chaud.
L’hiver quand tout gèle, le grand moine du temple de la montagne descend me chercher. Je n’aime pas trop rester enfermé au petit temple, mais on m’oblige, je n’ai pas de choix.
Au temple, on ne me donne que des herbes séchés et des choux salés pour manger. Le grand moine me fait asseoir pendant des heures les jambes croisées, et me raconte des choses du genre difficile que je ne comprends absolument rien. Il dit que la couleur que je vois n’est pas vraiment une couleur, et nos pensées sont des morceaux de nuages fumants. Ça rend ma tête fatiguée encore plus embrouillée qu’avant, je n’aime vraiment pas entendre ces choses là. Non seulement je n’ai pas le droit de faire la sieste, mais je dois travailler toute la journée à la cuisine, et nettoyer tous les jours les chambres du temple, je n’aime pas non plus ça. Il faut attendre l’arrivée du printemps pour que je descende au village et mange enfin de la viande, la bonne viande je parle.
La nuit dernière il faisait beau. J’ai dormi dans le champ, sans me couvrir. Avant de m’endormir, j’ai fait mon vœu en regardant les étoiles. La petite fille de l’orphelinat m’a appris à le faire. Elle m’a dit que les étoiles nous écoutaient et qu’elles nous regardaient tout le temps.
« C’est pour ça que les étoiles brillent, tu sais ? » m’a-t-elle dit.
Elle vient souvent me voir à la place. Elle vient pour me regarder avec ses yeux noirs bridés. Elle me regarde partout. Mon visage, mon cou, mes mains, mes épaules, mes jambes, partout tout près de moi. Elle m’a dit que j’avais un beau visage et que si j’étais propre et bien habillé, je ressemblerais à un acteur de cinéma.
« On dirait que tu es Alain Delon. Le connais-tu celui qui a joué dans Plein Soleil? » m’a-t-elle demandé.
Je n’ai pas compris ce qu’elle m’a raconté.
« Filon d’or, Tu as les yeux d’Alain Delon. Les yeux qui font secouer les poitrines des femmes. »
Quand elle m’a dit ça, j’ai vu dans ma tête les gros seins de la vache du fermier Kim, avec plein de lait dedans. J’ai vu les seins, se balançant à droite et à gauche chaque fois que la vache bougeait. La vache allait tomber à force de balancer ses seins.
Elle m’a appris aussi que je savais parler anglais.
« Tu parles bien anglais, n’est-ce pas, Filon d’or ? Réponds-moi en anglais, d’accord ? »
Puis elle m’a demandé quelque chose.
« What’s your name ? »
C’était des mots qui ne ressemblaient à rien. Comme je ne lui répondais pas, elle a répété plusieurs fois.
« What’s your name? Je te demande! What’s your name? »
Les mots étranges se heurtaient dans ma tête. J’avais la tête complètement enchevêtrée. Du coup, j’ai crié fort, c’est ce que je fais chaque fois que je suis fatigué, c’est pour que la force me revienne :
« Filon d’or, Filon d’or ! »
Elle a sauté comme une sauterelle en applaudissant.
« Voilà, c’est ce que je t’ai demandé. Je t’ai demandé comment tu t’appelais en anglais. ‘What’s your name ?’ La réponse est ‘Filon d’or’. Toi, tu sais parlais anglais ! »
Je savais parler anglais. Elle me l’a dit.
Ce matin elle était venue me voir sur la place avec son frère et son cousin. J’étais en train de chercher des poux dans mes cheveux. C’est ce que je fais quand je n’ai rein à faire. Je croyais qu’elle était venue pour me voir manger des poux comme les autres enfants. Mais elle ne m’a pas demandé de manger des poux, par contre elle m’a posé une question en anglais.
« What’s your name ? »
Cette fois-ci, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de l’anglais.
Je savais comment je devais répondre
« Filon d’or, Filon d’or ! » lui ai-je crié.
« Vous avez vu ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Il parle anglais. Tu as perdu ! » a-t-elle dit en arrachant un billet de cinq Won de la main de son cousin.
Elle s’est rapprochée de moi lentement. Elle a sucé une fois ses lèvres et ouvert sa bouche.
« On dit que tu étais un génie. Et je crois bien ça. »
Ses yeux bridés clignotaient comme deux petites étoiles de la nuit. J’ai remarqué qu’elle avait un grain de beauté tout noir sur sa joue ssaillie.
« Tu ne sais pas bien parler, mais je suis sûre que tu connais plein de choses. Ça se peut que tu parles plusieurs langues. N’est-ce pas, Filon d’or ? »
Elle a presque collé son nez sur le mien, puis elle m’a souri comme si j’étais son frère. Je ne sais pas pourquoi, j’ai éternué fort et craché des postillons sur son visage. Les garçons était tordus de rire. La fille s’est éloignée de moi sans m’engueuler sans enlever les postillons sur son visage. Puis elle est partie en courant avec les garçons. Je les ai regardés courir. Ils devenaient de plus en plus petits. Plus ils s’éloignaient, plus j’avais le cœur vide.
Tout à coup, la fille s’est retournée et m’a crié :
« Est-ce que tu as fait un vœu hier soir ? Il y avait plein d’étoiles.»
Je l’ai regardé sans dire un mot. Les mots ne sortaient pas de ma bouche. Je n’arrivais pas à dire ce que je voulais. Les mots ne vivaient que dans ma tête. Plus j’essayais de les faire sortir, plus j’avais mal à la tête comme si j’avais plein de sauterelles folles dedans.
« C’est pas grave, j’y vais. »
La fille courait. Elle est maintenant devenue toute petite, plus petite qu’un petit pois.
C’est vrai, j’ai fait un vœu hier soir en regardant une étoile que j’ai choisie. J’ai fait exactement comme elle m’a appris. J’ai mis d’abord trois fois la salive sur mon nez, puis j’ai choisi une étoile. Ensuite, je lui ai dit ce que je voulais.
« Je veux que les enfants ne me demandent plus de descendre mon pantalon et de leur montrer mon zizi. »
C’était mon vœu. Je ne sais pas si les étoiles m’ont écouté, en tout cas elles brillaient un peu plus que d’habitude d’un air intelligent.
La fille a disparu. Je ne voyais plus les trois petits pois qui oscillaient au bout de la rue. Je me suis dit que la place était vide.
« Oui, j’ai fait un vœu comme tu me l’a appris. J’ai mis trois fois la salive sur mon nez, et j’ai choisi une étoile. Ensuite je lui ai dit ce que je voulais. Tu veux savoir mon vœu ? »
Je voulais lui dire ça.
Je connaissais son nom, même si je ne l’ai jamais appelé, même si je n’arrivais pas à prononcer devant elle.
Son nom tournait dans ma bouche.
J’ai dit et redit plus de cent fois :
« Soon, veux-tu savoir mon vœu ? »
- écrit en 2010, Sounya.
Sur la haie
les petites étincelles jaunes
de premiers bourgeons de forthysias.
Le cœur attendri,
je respire à souffle retenu
de peur de les secouer.
le 14 mars 2011, sounya
Le petit matin déjà, j’entends
une polyphonie étourdissante.
Impossible de rester au lit,
je capitule, et je me lève.
Les oiseaux de printemps
sont de retour.
- écrit le 13 février 2011, tableau : sounya
Sounya peint et écrit
Fille du peintre coréen Wondang (원당 황인현)
Sounya peint depuis son enfance.
Livres
Ainsi ce monde devient céleste
Poésies anciennes de femmes coréennes
traduites, illustrées par Sounya
Disponible: sur Fnac
Traces et Signes
Poésies et tableaux d'encre de chine de Sounya
Editions Alternatives
Disponible chez Editeur Sounya
Exposition
Exposition "Ainsi ce monde devint céleste"

Les poésies anciennes de femmes coréennes
illustrées par Sounya.
Date: 11 janvier - 18 mars 2012
Lieu: Entrepôt Paris 14ème
Rensignements: www.lentrepot.fr
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