L’homme du sceau 1                                                                                                 

 

 

                                                                           

                                                 

 

 

Ses cheveux ondoyaient tristement tandis qu’il souriait paisiblement. On disait qu’aucune femme ne voulait l’épouser. Parce qu’il était bossu.

— C’est comme ça. 

Cette phrase sortait de temps en temps comme un soupir entre ses deux éclats de rire.

Il ne savait pas que je regardais souvent et très attentivement ses mains et ses doigts, si fins, si raffinés, avec lesquels il avait sculpté  des milliers de sceaux.

J’avais 11 ans. Il était mon voisin.

 

 

— Pousse un peu ta tête. Je ne vois rien. 

Il repousse ma tête enfoncée sur la table juste devant son ciseau de graveur.

— Pour voir comment tu fais un sceau. 

Je retire ma tête en le regardant, désolée. Comme d’habitude.

— Mais tu n’a pas besoin d’enfoncer ta tête comme ça. 

Il me gronde à la manière d’un grand frère. Comme d’habitude.

Ça se passe comme ça chaque fois. Je le fais un peu exprès pour voir ses  yeux rieurs quand il me gronde. Le sourire de ses yeux me déstabilise fort.  Je me demande comment sa pupille noire et son blanc de l’œil peuvent rigoler d’un air à la fois triste et folâtre.

Je vais chez lui chaque fois qu’il a un client qui vient pour faire un sceau. D’ailleurs c’est lui qui m’appelle avant de sculpter un sceau.

— Tu viens? 

Pour m’appeler, il hausse juste un peu la voix dans sa chambre et c’est vraiment suffisant pour que je l’entende depuis la nôtre.

 

 Nous n’avons qu’une seule chambre et cinq membres de ma famille logent là pendant toute la durée des vacances.                               

Au bord d’une petite plage, quelques maisons en chaume en forme de champignon sont éparses. Elles somnolent sous la languissante chaleur d’été.

Les gens font des allers et retours toute la journée entre la plage et les chaumières comme de petits crabes derrière lesquels courent les enfants.

La peau de tout le monde a commencé à peler à force d’être brûlée. J’aime tirer la peau de mon frère. Ça s’enlève facilement comme celle du serpent. Chaque fois que je tire des lambeaux de sa peau, il n’arrête pas de rigoler en montrant sa gencive qui ne garde que quelques dents.

 

Lorsque j’ai rencontré le bossu, l’ennui de longues vacances avait déjà bien germé. Il était apparu devant moi comme un vent de fraîcheur.

Il m’a simplement demandé si je voulais voir les sceaux qu’il avait sculptés.

J’étais d’abord très impressionnée par son visage aussi fin que celui d’une jeune mariée. Il avait la peau livide et transparente, le nez pointu, les yeux noir foncé, le front bien ferme et brillant. Et surtout ses cheveux abondants et ondoyants sur son front bien dégagé, m’avaient fait penser  à l’image d’un musicien surdoué. La présence d’une bosse sur son dos entre ses épaules m’avait contrariée. Car il tenait bien droit son corps malgré sa petite taille, et la bosse n’avait vraiment pas sa place sur ce corps parfaitement proportionné. 

 

 Aujourd’hui, de sa voix un peu efféminée, il m’a appelé en rajoutant qu’il y aurait une surprise.

  La chambre du bossu est très petite. Pour franchir la porte, il faut baisser la tête. A côté d’une petite fenêtre carrée à travers laquelle un pinceau de lumière éclaire à peine sa chambre, est posée une modeste table de travail. C’est là où il sculpte des sceaux. Sur un coin de la table, sont alignées avec ordre les petites boites en bambou : j’aime regarder attentivement les outils et les bâtons de bois rangés dans ces boites.

— Aujourd’hui je vais faire un sceau avec ça. 

Il m’a montré un petit bâton juste devant mes yeux.

— Mais il est tout petit. Comment tu mets les lettres dedans? lui ai-je demandé, surprise.

La surface de la tranche du bâton en forme ovale ne dépassait même pas un centimètre carré. Et il devait sculpter quatre lettres dedans.

— Tu vas voir. 

Il m’a souri en répondant.

Ses yeux sont devenus des croissants de lune, et ses dents un peu saillies en avant mais bien ordonnées souriaient encore plus que ses yeux.

Il a coincé le bâton dans une petite boite divisée en deux parties serrées pour le fixer solidement. Puis il a pris un ciseau dont la pointe de lame était aiguë comme une aiguille.

J’ai retenu mon souffle car il a fermé sa bouche fermement et pincé ses lèvres avec ses dents comme s’il voulait empêcher de sortir de son corps quoi que ce soit. Le ciseau est coincé au milieu de ses deux mains.

Il a expiré longuement et posé doucement la pointe de lame avec prudence sur le bord de la surface du bâton.

Ensuite, je voyais ses doigts tendus poussant lentement le ciseau. Ses bras sont devenus durs à force de concentrer sa force et le bout de ses doigts tremblait discrètement et convulsivement.

Au fur et à mesure que la trace du ciseau avançait, le fil effilé de bois tombait de la pointe de la lame.

Les yeux grands ouverts du bossu sont devenus presque féroces. Il avait l’air de vouloir percer le bâton avec ses yeux. Au bout de son expiration, il poussait brièvement un gémissement.

Mon regard a suivi la trace du ciseau qui laissait derrière elle une autre trace d’écriture. Elles étaient tellement minimes que tout cela m’a coupé le souffle.

— Ca y est ! 

Il a sorti le bâton.

Le sceau est achevé.

Il a tenu le sceau entre son pouce et l’index pour regarder tout prés. Lorsqu’il a soufflé sur le sceau, des particules de morceaux de bois se sont envolées en une toute petite fumée tourbillonnante.

— Ca y est? Je peux le voir? 

— Bien sûr. 

Il a pris un papier blanc en me répondant.

Ensuite, il a ouvert la petite boite ronde en porcelaine blanche. C’est pour mettre la pâte rouge sur le sceau. Il a légèrement tapoté le sceau deux trois fois sur la pâte et tamponné  sur le papier blanc.

Le geste de sa main osseuse et de ses doigts fins était à la fois beau et triste.

 

— La surprise! a-t-il dit avec un sourire liant.

J’ai regardé la tache rouge imprimée sur le papier.

— C’est mon nom! ai-je crié.

C’était bien mon nom qui ressemblait à un pétale de prunier rouge sur la neige d’avril, ou à une tache de sang frais tombée sur une robe de mariée.

J’étais éblouie et excitée par la tache rouge, et presque enivrée.

J’ai pris le sceau et tamponné plusieurs fois sur le papier. Les pétales de prunier rouges sont apparus partout, et elles ont commencé à danser à pas feutrés, puis à voltiger autour de moi.

Je ne savais même pas où étaient mes yeux.

— Alors, ça te plaît? 

C’est à ce moment où il m’a demandé si ça me plaisait que je suis sortie de l’excitation.

Et aussi, à ce moment là que j’ai été prise par son regard si tendre et si affectueux.

J’avais l’impression d’être enlacée par lui.

— Ca te plaît pas? m’a-t-il redemandé.

— Si, j’aime bien, ai-je répondu à peine.

Je suis sortie précipitamment de sa chambre.

J’ai couru jusqu’à la plage en serrant fort mon poing.

Lorsque j’ai ouvert ma main, mon sceau qui venait d’être sculpté, en avait rougi la paume. Comme si un ciseau avait ouvert là une petite plaie saignante.

 

 

  

L’homme du sceau 2 (un an après)

 

  

 

Les vagues agitaient leurs langues. Elles partaient de loin, de la ligne de l’horizon confondu avec le ciel gris.  Elles avançaient progressivement d’un pas indistinct. Arrivant près de la plage, elles sortaient brusquement leur langue blanchâtre. 

Sur la plage désertée tout était transformé en souvenirs. Quelques uns déambulaient vaguement dans ma tête : la peau de mon frère qui s’enlevait comme celle du serpent ; le goût des algues saumâtres et fades que je grignotais par ennui ; les traces de pieds nus qui se noyaient dans les vagues ; les garçons qui s’amusaient à jeter les filles dans la mer ; les cris exaltés des filles qui réveillaient les corps somnolents.

Et puis.

Maman.

Le vent était trempé de son parfum et de l’odeur de sa poitrine : la marque « Amore ». Je criais son nom. L’étendu infini dévorait mon cri. Il se dispersait  platement dans l’hilarité de la plage. J’ai pincé les lèvres, et les mots emprisonnés tournaient dans ma bouche.

 

Je courais sur la plage pieds nus, avec un sceau dans la main. J’entendais mon cœur battre comme un tambour. Pendant que je regardais ma paume rougie par la trace du sceau, la vague montait sur le dos de mes pieds, et le chatouillait de bulles de mousse.

Je l’ai revu, l’homme du sceau.

Quand il m’a vu entrer dans sa petite chambre, il s’est levé précipitamment. Il s’est avancé vers moi et a pris mes mains. J’étais émue.

— Mademoiselle ! La voilà, ma petite dame !

Il m’a accueilli d’une voix presque chantante en remuant mes mains.

Hébétée, je ne pouvais plus prononcer quoi que ce soit. Il venait de m’électrocuter avec ses mains.

 

 

Il écoutait et papa parlait.

— Alors, c’est seulement dans une situation extrême que.

Il a repris son souffle.

La plupart des  grandes œuvres d’art sont nées souvent dans des situations extrêmes.

Le bossu le regardait attentivement. Papa a continué à parler, emporté lui-même dans son discours :

— Un artiste ne doit jamais négocier avec quoi que ce soit. A partir du moment où il convoite le confort et le pouvoir, on peut dire que son œuvre est morte.

Le bossu a répondu de sa voix efféminée. Elle paraissait un peu sombre :

—Je ne connais rien à l’art. Je ne suis qu’un artisan qui sculpte de petits sceaux.

Papa l’a défendu :

— Toi, tu es déjà un artiste. Tu sais mettre ton âme dans tes sceaux.

— Si vous le dites, a répliqué calmement le bossu. Mais je ne sais pas trop ce que vous voulez dire.

Il a soupiré une fois, et serré les dents, la bouche solidement fermée.

J’étais seule avec eux. Les autres dormaient à la maison d’à côté avec la mère du bossu. Papa me disait que j’étais une curieuse, car j’assistais chaque fois à leur conversation.

J’étais là, parce que le bossu était là. Je l’observais minutieusement. Aucun mouvement, aucun geste, aucun regard de lui ne pouvaient m’échapper. Sa voix, ses rires, le bruit de sa respiration et de son expiration, je les écoutais avec une attention aiguë.

Dehors le vent soufflait violemment. Il se transformait parfois en sifflement. Un court moment, le silence s’est installé entre les deux hommes. Le vent faisait trembler les vitres de la fenêtre.

— De quoi pleure-t-elle la fenêtre? me suis je  demandé en attendant que la conversation reprenne.

Papa a haussé la voix en regardant tout droit le bossu :

—Tu peux me croire. Parmi les prétendants « Artiste », il y a les petits artisans. Toi qui crois n’être qu’un petit artisan, tu es un artiste. Tu sais pourquoi ? Dans tes sceaux, ton esprit respire.

— Je ne sais pas comment mon esprit peut respirer dans mes sceaux. Une seule chose que je sais, c’est que je fais tout pour que mon sceau soit beau. Mes mains, ces petites mains savent ce que c’est de sculpter un sceau.

Le bossu a sorti ses mains et tendu les doigts. Les mains que je connaissais si bien. J’aurais pu même les dessiner sans les regarder. Il m’arrivait de temps en temps de les dessiner dans ma tête. Elles étaient fines et osseuses avec les doigts habiles et raffinés. Surtout quand il sculptait un sceau.

Le bossu a repris la parole :

Les gens pensent qu’un sceau sert juste pour tamponner leurs noms. Ils ne voient pas la beauté de l’écriture que représentent leurs sceaux. Pour moi, chaque sceau que j’ai sculpté a une beauté unique. Même si personne ne fait attention à ce que je fais.

Je te comprends mon ami, l’a réconforté papa.  La beauté est quelque chose de secret. Elle existe seulement pour ceux qui sont prêts à sentir et à recevoir.

  J’aime tellement les traces d’écriture qui apparaissent au bout de mon ciseau, les traces finement sculptées qui surgissent en rouge sur la feuille blanche. A ce moment là, je vis.

J’étais suspendue à ses lèvres. Visiblement ému, le bossu restait silencieux. Dans son regard paisible et  posé, étincelait un air de langueur. Cette fragilité troublante était à peine visible, mais suffisante pour que je voie son chagrin forgé au fil du temps et transformé en cristal. Chaque fois que je le voyais apparaître comme un scintillement dans son sourire ou dans son regard, j’essayais de le saisir et de le garder en mémoire le plus longtemps possible. Bien que cette image de cristal disparaisse aussi  futilement qu’une goutte de rosée.

 

La nuit était fort avancée. La petite fenêtre avait cessé de cahoter. La mer serait calme et les vagues pourraient enfin se coucher et rêver de voyager quelque part loin de la mer. Au delà de l’horizon où le souffle du printemps aurait peut-être commencé à remuer.

 

J’avais sommeil. Je me suis allongée et je voyais le visage du bossu à l’envers. Il me regardait de temps en temps avec ses yeux rieurs. A l’envers.

Devant mes yeux, le pinceau de papa faisait apparaître des fleurs rouges de prunier. Enflammé par l’émotion ou la passion, je ne savais pas trop, il voulait absolument peindre. J’ai essayé de garder les yeux ouverts. Mes paupières tombaient toutes seules. Je me suis frotté les yeux. Le bossu a pris ma tête avec ses mains et l’a posée sur son genou. Son genou était tout maigre.

Papa écrivait quelque chose à côté des fleurs rouges. Je me perdais dans le noir. Les écritures s’évaporaient une par une. J’entendais la voix de bossu qui appelait mon nom. Mais sa voix était trop lointaine et confuse.

Je lui ai demandé :

— Pourquoi m’appelles-tu de si loin ? 

Il ne me répondait pas.

— Viens, je ne t’entends pas, l’ai-je prié.

Une main caressait mon front. J’ai pris la main et l’ai amené sur mes lèvres. Ses doigts touchaient mon nez. J’ai reniflé. Une onde de vertige se propageait en moi. 

J’ai chuchoté :

— C’est à toi, cette main ?

             

 

- écrit en 2008. sounya.

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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 09:25

 

La femme de la brasserie

 

 

 

                            La scène est terminée ainsi futilement.

                                J’ai entendu la brisure de mon  rêve. 

 

 

Elle jette tout ce que sa main peut attraper, le cendrier en porcelaine, le chandelier en argent, la bouteille de saké, la chemise de papa, des journaux, les oreillers.

Je suis debout dans la cour, désemparée. Elle rugit comme un animal sauvage enragé. Elle va tout casser. Je fais attention de ne pas recevoir les objets sur ma tête. La théière s’envole juste au dessus de ma tête et tombe derrière moi. Bruit d’explosion. J’appuie mes mains sur mes oreilles.

Papa est assis sur le perron de l’entrée, accroupi, la tête enfoncée entre les épaules. Je vois qu’il y est pour quelque chose dans ce sinistre. Sinon, il n’y aurait pas de raison qu’il prenne ainsi cette posture de tortue coupable.

C’est drôle. J’ai l’impression d’assister à une pièce de théâtre : sur la scène, l’entrée de la maison derrière laquelle s’ouvre la porte d’une chambre. Au dedans une femme en colère crie en jetant au dehors les objets. Une scène de ménage ? C’est possible. Un encrier vient de taper le dos de l’acteur principal : papa. Il se tortille comme un vers de terre piqué par une aiguille, puis retrouve aussitôt sa posture de tortue. La femme sort de la chambre et s’élance sur papa.

— Menteur ! Tu n’es qu’un menteur, crie-t-elle.

Ses lèvres tremblent de rage. Dommage qu’elle n’ait pas mis son rouge à lèvres. Maintenant je sais que la vraie couleur de ses lèvres n’est pas violette. Elle est marron terne. Toutes sèches, elles ne brillent pas ses lèvres.

Elle crache de la salive. Du fond de la gorge, jaillit  un cri de rage.

— Dis quelque chose, hein ?

Elle va bientôt avaler la tête de papa. Il enfonce sa tête encore plus entre ses épaules. Je ne vois que ses cheveux et le bout de son nez.

Une ombre de nuage traverse la cour et s’arrête un moment. Le nuage curieux est probablement attiré par la scène. Evidemment, un spectacle rare comme celui-ci, il ne faut pas le manquer.

 

 

La femme que papa a amenée à la maison nous a préparé un bon petit déjeuner. J’étais agréablement surprise en voyant la table si soigneusement décorée. J’avais littéralement succombé à son charme. Elle nous a dit qu’elle serait notre nouvelle maman. Peu m’importe qu’elle soit ma nouvelle ou ancienne maman ; j’en avais déjà pas mal ; un tas de femmes voulait être notre maman ; papa était si beau ! J’étais simplement ravie d’avoir une maman aussi belle et aussi charmante. J’ai appris qu’elle travaillait dans une brasserie de la ville. Elle avait rencontré papa, alors qu’elle venait d’arriver là-bas.

— Je vivais à Séoul. Connaissez-vous un peu Séoul ? nous a-t-elle demandé.

Tout à coup, mon frère lui a jeté sa cuillère en s’écriant :

— Tu n’es qu’une fausse maman ! Ma vraie maman est en Allemagne. Elle travaille dans le plus grand hôpital d’Hambourg. Séoul n’est rien à côté de ça !

Puis il a quitté la table.

J’étais désolée de ce qui venait de se passer. Une belle dame comme elle ne méritait pas de subir ce genre d’acte insensé. Je me suis levée pour ramasser la cuillère, tombée à côté des pieds de la femme.

— Ne t’inquiète pas, je m’en occupe !

Elle s’est levée et a pris ma main pour arrêter mon geste. J’ai vu ses ongles longs vernis en bleu et ses doigts fins et propres. J’ai touché le dos de sa main.

— Tu as mis un beau vernis.

— C’est vrai ? Tu l’aimes ? Tu veux que je t’en mette?

— Oui, j’aimerais bien, lui ai-je répondu, toute timide.

Elle m’a souri en ramassant la cuillère. Ainsi souriait la fossette sur sa joue. Elle a baissé son regard en louchant légèrement. Ses sourcils rallongés par les couches de mascara faisaient une ombre sous ses yeux bridés. Ses lèvres violettes et épaisses brillaient comme une cerise bien mûre. Je pouvais mesurer l’épaisseur de la poudre blanche sur son visage. Il était fariné en plusieurs couches. Elle n’avait rien de naturel et ressemblait plutôt à une actrice de Kabuki. Elle dégageait une étrange beauté d’un visage qui n’était ni vivant ni mort. Je ne savais pas si elle était triste ou joyeuse.

— Pour ton frère, ce n’est pas grave, m’a-t-elle rassuré.

Ses grands yeux noirs étaient devant moi, juste à quelques centimètres. Un souffle froid sortait de sa bouche parfumée d’une odeur inconnue. J’étais ensorcelée. J’allais être transformée en une poupée Kabuki.

J’ai ressaisi mon esprit en secouant la tête. Cette fois-ci, je voyais la réincarnation de « La renarde blanche ».

Selon la légende, cette renarde blanche avait une queue de neuf mètres de longueur et elle se transformait en  femme à minuit précis. Elle sortait de la forêt pour aller chasser sa proie du jour. Une fois qu’elle avait repéré un jeune homme, elle le séduisait et faisait l’amour avec lui avant de le dévorer. Elle ne laissait de lui que des fragments d’os et des cheveux. Tous les hommes tombaient sous son charme irrésistible, et ils n’hésitaient pas à lui donner leur vie juste pour une seule nuit de délice.

— La Renarde blanche, murmurais-je.

— Qu’est-ce que tu disais? m’a-t-elle demandé.

 

Papa ne sortait plus de la chambre. Toute la journée, on entendait les rires des deux amoureux. L’homme riait « Ha ha ha. », et la femme « Ho ho ho. ».

C’était bien normal. Avec une telle beauté, il avait raison d’être si amoureux.

Bravo, papa !

 

Elle se levait avant tout le monde, et elle se maquillait aussitôt. Elle se couchait après tout le monde. Personne n’avait vu son visage démaquillé. Toujours bien nippée, elle avait l’art d’entretenir le secret de sa beauté. Tous les matins, une sylphide au masque de Kabuki me réveillait en me caressant le front de sa main blanche. Ses ongles longs vernis en bleu grattaient délicatement mes cheveux. Quand j’ouvrais les yeux, la beauté fantomatique me souriait. Tous les jours. Et j’adorais ça. 

 

 

La lune était pleine. Elle était seule dans la cour en train de fumer. Elle recevait en face la lumière dorée. Dorée aussi la fumée qui sortait de ses petites narines. Ses longs cheveux frisés ont pris aussi la couleur de l’or. J’ai avancé vers elle et je la regardais fixement, émerveillée.

Elle m’a demandé d’une voix aiguë :

— Tu n’a jamais vu une femme ?

Elle a longuement expiré la fumée de cigarette. Ses lèvres violettes étaient devenues plutôt bleuâtres. Elle a amené encore une fois la cigarette à sa bouche.

Cette fois-ci, elle a soufflé une grande bouffée de fumée sur moi. Puis elle a ri aux éclats. J’ai toussé.

J’ai pensé encore une fois à la « renarde blanche ». Je me suis penchée et mon regard s’est promené au bas de sa chemise de nuit blanche. Je voulais voir ses pieds. Peut-être avait-elle des pieds de renard.

— Quoi, tu n’a jamais vu les pieds d’une femme ?

Elle s’est déplacée d’un pas. Dans ses gédas japonais ses pieds étaient ceux d’un humain.

- On ne sait jamais, doutais-je encore.

Elle contemplait la lune.

Ses pupilles noires reflétaient la splendeur de la lumière, et devenaient de plus en plus brillantes. Elle a longuement respiré. C’était pour recevoir l’esprit de la lune.

Je suis restée immobile à côté d’elle. J’ai eu la chair de poule au  moment où j’ai entendu l’aboiement d’un chien. J’ai commencé à avoir froid.

Soudain elle m’a posé une question.

— Crois-tu vraiment qu’il y aurait un lapin sur la lune ? On dit qu’il est en train de piler des céréales. Le crois-tu?

Je n’ai pas pu lui répondre. J’étais en train de faire un vœu devant la lune : « Quand je serai grande, je serai la femme de la brasserie. »

 

J’ai laissé la femme seule dans la cour.

Je voulais rentrer avant que minuit arrive.

 

 

 

 

 

Papa est toujours immobile. Je regarde le sommet de sa tête coincée entre ses épaules. Il ne bouge pas même un seul cheveu. Sa bouche est fermement collée. Il est vraiment devenu un bloc de marbre.

La femme qui hurlait devant lui a l’air épuisée. Elle se jette par terre. Assise à côté de lui, elle commence à pleurnicher.

— Qu’est-ce que je suis folle. De te croire.

A présent, elle pousse des sanglots.

- Oh, mon destin. Mon pauvre destin ! s’apitoie-t-elle.

Le flot de larmes coule sur ses joues rugueuses, maintenant qu’elles sont démaquillées. Les cheveux enchevêtrés, les petits yeux, les larmes mélangées de morve sur sa peau desséchée. Elle n’est plus l’actrice de Kabuki ni la réincarnation de la « renarde blanche ». Elle est juste une serveuse de brasserie. Je suis choquée qu’elle puisse être si ordinaire.

Elle entre dans la chambre et ressort, une cigarette à la bouche. Je sais maintenant que la pièce touche à  sa fin. Je peux deviner comment cela va se dérouler.

Elle va encore pousser quelques cris désespérés contre papa, et elle fera son bagage. Elle quittera la maison en laissant derrière elle une trace d’air gelé.

Puisque c’est comme ça, je veux que cela se termine le plus vite possible.

Comme prévu elle rentre dans la chambre après avoir fini sa cigarette. Je guette l’intérieur de la chambre. Ça traîne.

Elle sort enfin avec son bagage, et s’arrête devant papa.

— Mon salaire, tu vas me payer quand ?  Mon salaire de deux mois, c’est pour quand ? cri-t-elle.

— Bientôt. Je te dis, c’est bientôt.

Il sort à peine une voix de moustique.

— Mon œil ! De toute façon, je ne te laisserai pas faire.

Elle se retourne brusquement, et quitte la maison en laissant le vent froid.

Papa, très soulagé, se lève lentement et disparaît dans la chambre. 

 

Ah non ! Ma femme de la brasserie!

Elle n’avait pas le droit de me faire ça !

 

 

 

 

- écrit en 2008, sounya.

 

 

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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 13:45

 

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Sur le siège du train

mon corps immobile

 

Sur les couches de nuages

mes rêveries planent

 

 

- poésie, tableau : sounya.  le 25 février 2011

 

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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 18:43

 

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Par la fenêtre

la pluie douce chuchote

 

J’entends la nature murmurer

 

Ecoutant la nature

Ainsi mon cœur devient naturel

 

 

                                                                                  -*. Mme. Jang, femme de lettré

                                                                                   - . tableau, traduction, sounya

  

 

________________________________________________________

*. Mme. Jang (1598-1680), fille d’un grand lettré. Son prénom est inconnu. A dix ans, elle montra déjà un talent remarquable pour la calligraphie et  l’écriture. Elle épousa Y Mimyung(1560-1674) et eut deux fils qui devinrent plus tard des célèbres philosophes du néo-conficianisme. Son écriture est connue par sa vigueur et son originalité.

 

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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 09:56

Une ivresse en rose

 

 

                           La neige rose des pétales de cerisier

                           tombe sans bruit sur mon front.

                          Je vais m’endormir sous le cerisier.

                           Mon rêve sera en rose.

       

 

 

Ce matin, je vais recevoir le grand prix du concours de peinture.

Alors je supporterai mieux la cérémonie du lundi. Je tolèrerai mieux la sensation froide du métal de sa ceinture qui colle et frotte rythmiquement sur mon front. Je me sentirai moins gênée par sa main droite posée sur mon crâne, même au moment où cette main tirera mes cheveux.

 

Je sais que mon maître a vraiment besoin de moi. Comme je suis la plus petite de la classe, je lui sers de repère. Pour lui, je suis un bâton de bois planté en terre derrière lequel les enfants se mettent en rang. Il veut que la file des enfants de sa classe soit plus droite que celle des autres classes, et que ses collègues aînés apprécient sa compétence d’enseignant. Car c’est un jeune instituteur qui vient juste d’être nommé.

— Ne faites pas un serpent « ramollo » ! Alignez-vous ! Tout droit ! crie-t-il en soulevant son bras gauche tendu vers les enfants tandis que, de sa main droite, il maintient fermement mon crâne. Chaque fois qu’il lève et abaisse le bras gauche, sa main droite tire ma tête vers lui.

— Aups, c’est froid !

Je retire ma tête en sursaut. 

Je déteste la sensation froide du métal de sa ceinture qui touche mon front. Ça m’électrocute. Déstabilisé, il reprend vite ma tête en enfonçant ses doigts dans mes cheveux pour retrouver son repère. Je m’angoisse chaque lundi, même à partir du dimanche soir en imaginant la cérémonie hebdomadaire.

Ce matin, avant de poser sa main sur ma tête, le maître m’a annoncé que j’étais la gagnante du concours de peinture.

— Quand le M. directeur appellera ton nom, tu iras   sans tarder pour recevoir le prix. D’accord ? 

Il a caressé mes cheveux, et j’ai senti la sensation doucereuse de sa main droite qui, d’habitude, m’énervait.

Je sais qu’il va aux bains publics chaque dimanche, et qu’il utilise un savon à la  pêche. Le parfum du savon émane de son pantalon et parvient jusqu’à  mes narines. Parfois, mon nez touche son pantalon juste l’endroit où il y a sa quéquette : je déteste ça plus encore que la froideur de sa ceinture. Il est si appliqué dans son travail qu’il oublie que je ne suis pas un bâton de bois. Il n’imagine pas que je puisse avoir des pensées et des sensations. Il s’obstine, et je crois que je vais me résigner.

      — Aups !

Il tire encore une fois mes cheveux, et sa ceinture est encore collée sur mon front. Je vais essayer de tourner la tête, est-ce possible ?

Et voilà, j’ai réussi.

Enfin, je respire… !

Non seulement je respire, mais je vois aussi autre chose que son pantalon.

Les pétales roses des cerisiers, éparpillés par terre,  tournent et se retournent au vent, s’envolent juste un peu, et se posent enfin calmement sur le sol. Ils frémissent sous le beau soleil matinal. J’ai l’impression qu’ils me reconnaissent et me sourient timidement. A mon tour, je leur réponds d’un sourire amical. Ce sont probablement les pétales que j’ai peints le jour du concours.

 

Chaque année en avril, l’école organise un concours de peinture. La consigne est de peindre les cerisiers de la cour. A ce qu’on dit, c’est la tradition depuis la fondation de l’école. Mais cette année, le concours était très spécial, car c’était la dernière fois qu’il avait lieu.  J’ai entendu dire que la cinquantaine de cerisiers plantés autour de la cour dataient de l’occupation japonaise et que désormais il était inadmissible de laisser fleurir encore le symbole national du Japon sur notre territoire. Depuis qu’un nouveau maire a été élu, le village bouge beaucoup.

 Mamie a trouvé que c’était très bien qu’on ait décidé d’abattre ces cerisiers.

— Il fallait le faire bien avant, a-t-elle affirmé.

Elle m’a raconté à quel point les japonais étaient cruels et sauvages. Ils étaient immoraux et vulgaires. Selon les rumeurs, les jeunes femmes japonaises ne mettaient pas de culotte, mais portaient juste un oreiller derrière le kimono. C’était pour coucher facilement avec n’importe qui et n’importe où.

— C’était probablement vrai, disait-elle. Ils nous ont interdit de parler le coréen et de l’écrire.

Et elle ajoutait :

— Tous les jeunes hommes du village étaient recrutés pour partir en guerre contre les Américains. La plupart d’eux ne sont jamais revenus. On devait cacher les jeunes filles, car ils les attrapaient de force pour les envoyer au front. On les appelaient « l’Unité de consolation », et les jeunes filles devaient coucher avec les soldats japonais. Ça allait jusqu’à plusieurs dizaines de fois par jour. 

Mamie tremblait. La haine enflammait ses yeux.

Papa lui a fait remarqué que les cerisiers n’étaient pour rien dans cette histoire et que les cerisiers n’étaient que des cerisiers. Furieuse, mamie lui a crié dessus.

— Quoi ? Comment peux-tu dire ça ? Ces cerisiers ont été plantés par les japonais. C’est honteux de les avoir gardés jusqu’à maintenant ! 

 Pendant qu’elle criait, de sa bouche grande ouverte, une petite explosion de crachat se propulsait vers papa qui, d’un geste rapide, a réussi à l’éviter.

— Ce que je veux dire, continuait-il en prenant garde aux crachats de mamie qui pouvaient tomber sur lui à tout moment.

— C’est que ce ne sont pas des cerisiers qui ont fait toutes ces conneries. Ce sont des hommes. Des humains sont responsables de tout ça, maman, pas des cerisiers. En plus, ils sont beaux à regarder, surtout dans cette saison printanière. 

Je ne savais pas pourquoi il avait l’air de s’ennuyer mortellement et ses yeux égarés se promenaient dans le vide. Je ne comprenais pas trop bien, ni mamie ni papa. A vrai dire, je m’en foutais.

 

 

Le jour du concours, j’ai regardé longuement les cerisiers. Les fleurs inondaient partout la cour de l’école ; tout était coloré en rose.  Avant de m’installer, je me suis promenée sous les cerisiers. Ils étaient tous grands et robustes, et les enfants couraient en zigzag entre les troncs.  La neige rose des pétales tombaient en douceur sur mon front : c’était chatouillant et caressant. J’ai vu un garçon devant moi, debout, les bras grands ouverts, les yeux fermés. Quelques pétales se sont posés sur sa tête grise, rasée comme celle d’un petit moine. Lentement, il a commencé à tourner en rond, et puis de plus en plus vite. Je croyais que les pétales sur sa tête tomberaient tout de suite, mais ils sont restés bien collés sur son crâne. Auraient-ils des pattes comme des petits papillons ? Le garçon est tombé. Il riait, allongé par terre. J’ai vu ses yeux ivres en rose.

 Il rêvait.

Ici et là, les enfants somnolaient sous les cerisiers. On voyait à peine le ciel bleu qui étincelait entre les pétales roses.  La salive sucrée est montée sous ma langue lorsque j’ai pensé que les cerisiers ressemblaient à d’énormes barbes à papa. Je monterais bien sur une barbe à papa géante, et la mangerais toute la journée.

Brusquement, j’avais envie de dire à tout le monde que je les aimais.

Même à mamie !

Si elle avait été à côté de moi, je me serais jetée dans ses bras pour lui dire, « Mamie, je t’aime ! ».

Je me suis assise sur la racine d’un cerisier. Mon cœur était rempli d’une étrange émotion indicible. Une sensation de bonheur qui n’était pas joyeuse, un mélange bizarre de joie, de tristesse et de colère. J’ai doucement caressé ma poitrine juste au-dessus de mon cœur pour me calmer.

Comment pouvait-on envisager d’abattre ces beaux cerisiers qui nous rendaient si heureux ? 

Pourquoi les cerisiers devaient-ils être punis?

 

Les fleurs faisaient un dernier baiser à leur arbre, un long baiser pour ne jamais oublier !

Les corps fins et fragiles des pétales embrassaient leur arbre le plus longtemps possible, une dernière fois.

 

 

- écrit en 2008 par sounya

 

 

 

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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 13:02

Je n’ai rien fait

 

 

Entre tes lèvres

l’éclat  de rire rouge vif

joue à cache-cache.

 

Envie de l'attraper

pour croquer sur ma langue

qui ne rit pas.

 

 

 

                                                 

Cet après-midi, ma sœur a voulu m’emmener à l’église.

J’étais doublement curieuse. D’abord, elle avait horreur de moi qui la collais tout le temps comme une punaise. Elle faisait tout pour se débarrasser de moi. En outre, elle me disait que l’église était un temple de drague, et que les jeunes filles et les garçons du village y allaient pour flirter.

— Là-bas ils font des trucs interdits. Les garçons et les filles se donnent la main sans pudeur, disait-elle.

Quand mamie nous a fait remarquer que Jésus était un dieu occidental, fait pour les occidentaux, et qu’il était inutile d’aller à l’église, ma sœur s’est défendue en lui disant :

 — Jésus est quand même très gentil. 

 En fait, elle m’a expliqué que là-bas, on donnait gratuitement des bonbons aux enfants, et j’ai tout de suite été intéressée. Elle devait m’emmener avec elle parce qu’il y aurait des récompenses copieuses pour ceux qui parraineraient de nouveaux enfants. Dans tous les cas, j’étais motivée.

A la maison, mamie cache les bonbons au grenier fermé à clé. Elle nous en distribue quelques uns seulement une fois par semaine.

— Sinon, vous auriez les dents pourries, disait mamie d’un ton sévère.

Voilà pourquoi j’étais si attirée par l’église.

 

 

Nous avons traversé le centre du village.

Ma sœur m’a donné la main, et elle ne savait pas à quel point j’ai été touchée. Elle m’a même souri d’un air sincère et fraternel. Ces petits gestes chaleureux  suffisaient pour que j’oublie tous les mauvais souvenirs.

Ma sœur que j’admirais tant!

Elle avait le sens de l’économie. Dans son porte monnaie, il y avait toujours de l’argent à prêter aux enfants du village. Plus tard, les enfants le lui rendaient avec les intérêts : des bonbons, une barrette, un stylo à plume, etc. Dans son tiroir secret, il y avait des friandises et du maquillage, et des accessoires de toutes sortes. C’était elle, la championne au jeu d’élastique et à la corde à sauter.

Elle s’habillait comme une princesse avec plein de coquetterie.

Moi qui n’étais bonne à rien dans ces domaines, je la tenais en haute estime.

En marchant à côté d’elle, je l’ai regardée avec respect. Sa simple présence m’illuminait.

— Arrête de me regarder comme ça. Tu veux ma photo ?

Elle a secoué ma main, mais sans s’énerver. Une poignée de nuage s’était posée sur sa tête et traçait autour d’elle une auréole arc-en-ciel.

— Regarde-moi bien !

Après un moment de mâchonnement préparatif, elle a gonflé une énorme bulle de chewing gum.

 — Whaou !

J’ai poussé un cri d’exclamation.  

Elle est restée un moment avec la bulle gonflée plus grande que sa tête. La bulle blanche translucide oscillait légèrement au bout de ses lèvres. Elle était tellement grande que ma sœur allait s’envoler avec elle dans le ciel bleu clair. Ses pieds étaient à peine posés sur terre.

Angoissée, je lui ai crié :

— Eclate-la !

Elle a fait éclater la bulle en la faisant rentrer dans sa bouche à une vitesse impressionnante, en manipulant habilement sa langue. En même temps, une grosse bulle d’expiration s’est échappée de ma poitrine gonflée.

— T’en veux ?

Elle a arraché un morceau de chewing gum en me souriant comme un tournesol épanoui. J’étais devenue confuse et hésitante : sa gentillesse était décidément inhabituelle.

— Ouvre ta bouche, m’a-t-elle ordonné.

J’ai fait ce qu’elle voulait. Elle a posé le petit morceau de chewing gum sur ma langue. Je sentais un peu le goût salé de son doigt, mais cela ne m’a pas beaucoup gêné. Le chewing gum avait un goût de rien du tout, je n’étais pas non plus déçue. Au contraire, j’ai été comblée d’un sentiment de partage et de complicité.

 

L’église n’était pas grande comme le temple bouddhiste. C’était juste une petite salle avec un plafond assez haut, et quelques bancs alignés sur deux rangs. A la place des moines à la tête rasée, il y avait un monsieur en costume noir avec une cravate rouge, les cheveux coupés style gentleman. Ma sœur m’a dit que c’était le pasteur. Il sentait fort la pommade de ses cheveux. Il en avait mis trop.

Assise à côté de ma sœur, j’ai roulé mes yeux de tous côtés, et j’ai découvert sur le mur le portrait d’un jeune homme occidental aux yeux bleus. Ses cheveux bruns tombaient sur ses épaules. Ma sœur m’a chuchoté :

— C’est Jésus.

— Il est américain, n’est-ce pas ?

— Oui, sûrement.

Le visage de Jésus ne m’a pas beaucoup surpris. J’ai vu les soldats américains qui avaient les mêmes yeux et le même nez que lui. De temps en temps on voyait quelques soldats américains qui venaient au village avec un camion militaire. Les enfants les suivaient en criant :

— Hello ! Monkey ! 

Et ils leur donnaient des barres de chocolat.

— Vous êtes mignons ! disaient-ils avec la langue tordue.

J’étais curieuse de savoir si Jésus serait aussi velu que les soldats américains qui étaient couverts de poils marron comme des singes.

Jésus me donnerait-il aussi des chocolats si je l’appelais : « Monkey » ?

 

Le pasteur était accueillant. Sa femme était aimable. C’était comme si on faisait partie de  la famille. J’ai apprécié la mélodie de l’orgue qui résonnait légèrement. C’était un peu triste, mais gracieux.

Mais j’ai commencé à me perdre dans la confusion au moment où le pasteur a voulu prier spécialement pour moi. Il a demandé à tous les enfants de fermer les yeux et de prier pour un bébé mouton qui était venu pour la première fois. Le bébé mouton c’était moi. Je n’ai pas fermé les yeux. Je ne lui ai pas obéi. Les yeux grands ouverts, je l’ai regardé tout droit.

Les bras levés vers le haut, la tête baissée, il a commencé à prier.

— Mon père dans le ciel ! Aujourd’hui encore, un petit mouton perdu dans le désert est venu vous chercher. Bénissez le avec amour, pardonnez ses pêchés. Je vous en prie, Mon Père, guidez-le vers le chemin de la Lumière.

Sa voix submergée par l’émotion vibrait pathétiquement. Mais je n’étais pas du tout contente. Il avait déclaré devant tout le monde que j’étais un bébé mouton perdu, tandis que je ne me sentais pas du tout perdue dans un désert.

Comment pouvait-il me considérer comme un mouton ?

Est-ce que je ne valais pas mieux qu’un petit animal perdu dans un désert ?

Après la prière, la situation s’est gâtée davantage. Le pasteur a dit que Jésus était mort à cause de nos péchés. Il a parlé aussi d’une femme créée par le dieu, qui avait volé une pomme dans son jardin. Elle l’avait partagée avec un homme. Le pasteur a expliqué aussi qu’en raison de ce péché originel, les humains avaient été punis par dieu. Et pour être pardonné, il fallait croire en Jésus.

J’étais en colère.

— Je n’ai rien fait, moi !

Retentissait au fond de moi un cri fâché.

Ce n’était pas moi qui avais volé la pomme de Dieu !

Pourquoi ce serait moi qui devais payer le péché des autres? Pour juste une pomme volée, le Dieu de Jésus comment pouvait-il être aussi radin ?

J’ai essayé de chercher des bêtises que j’avais bien pu commettre à mon insu. Mais je n’ai pas réussi à trouver quelque chose qui pourrait ressembler à un péché.

— Non, je n’ai rien à me faire pardonnée. C’est sûr ! En plus, je ne suis pas un mouton, je n’ai pas besoin d’un berger !

 C’était clair. Le pasteur était en train de raconter n’importe quoi.

J’ai donné des petits coups de doigt au bras de ma sœur.

— On rentre à la maison ?

— Chut !

Elle a posé son index sur ses lèvres et m’a fait signe de me taire en clignant des yeux.

— Non, je veux rentrer à la maison, ai-je insisté.

Embarrassée, elle m’a pincé fort la cuisse tout en gardant un maintien des plus sérieux.

— Aïe !

Je n’avais plus de choix. Je devais rester.

La douleur montait comme un courant électrique jusqu’à ma tête. J’ai remonté ma jupe. Ma cuisse était devenue toute rouge. J’allais avoir un beau bleu. J’ai regretté d’avoir suivi ma sœur, de l’avoir cru encore une fois. Dès lors, il fallait supporter le pasteur qui m’avait traité de pécheresse.

Résignée, j’ai regardé à contre cœur le portrait de Jésus. Il avait un regard bleu innocent. Les cheveux bruns, les lèvres roses, le nez fin et féminin, la barbe doucement ondulée, il était un jeune homme charmant. J’aurais pu facilement tomber amoureuse de lui.

L’office s’est terminé par un chant mélancolique.

Ensuite, les gens ont récité tous ensemble un texte. Ils ont demandé à Dieu encore une fois de les pardonner, et de leur donner à manger tous les jours.

Moi, j’étais contente que ça soit terminé.

Le pasteur m’a donnée deux sucettes : l’une à la fraise, l’autre au miel. Ma sœur qui m’avait parrainé avait eu deux sucettes comme moi et en plus une boite de crayons de douze couleurs.

— Vous reviendrez sûrement la semaine prochaine, n’est-ce pas ?

La femme du pasteur nous a serré la main. Elle a dit que la semaine prochaine, on travaillerait encore sur la Bible, et qu’on aurait beaucoup de récompenses. 

 

— Tu vois ? Qu’est-ce que je t’avais dit ?

Ma sœur m’a secoué le bras, toute satisfaite. Ses yeux pétillaient. La sucette à la fraise a coloré sa bouche en vermeil. Elle a ri aux éclats. Entre ses lèvres, je voyais ses dents et sa langue recouvertes de salive rouge. Elle ressemblait à une petite ogresse.

— On reviendra la semaine prochaine, d’accord ? m’a-t-elle demandé.

La sucette au miel fondait tout doucement sur ma langue indécise. J’avais juste envie de croquer la petite boulle de sucette qui était trop mielleuse.

J’ai hésité un moment.

Et puis.

— Croc !

 

 

 

- écrit en 2008 par sounya.

 

 

 

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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 13:43

                                                                                          

 

La saison d’azalée

 

 

                                             Fais-moi un baiser flottant

                                             sur le ciel blanc en soie

 

                                             Laisse-moi goûter

                                             sur le nuage cotonné

                                             tes lèvres de grenadine 

 

 

La terre s’étire dans la brume d’une douce chaleur. Les azalées, les forsythias et les herbes fraîches ont inondé la poitrine de la petite montagne, tandis que sur les champs, les fleurs de poirier se sont étendues comme les flocons de neige.

Partout des taches roses et jaunes sur fond vert délicatement diluées. Tout est noyé dans cette exaltation tendre de couleurs et de parfums printaniers.

Je me sens inerte. Il me paraît impossible de bouger même le bout d’un seul doigt.

Je m’allonge sur les herbes. 

— Tu ne cherches pas le trésor ?

Une amie me crie en passant près de moi en courant. Sa jupe en satin rouge se soulève, et je vois sa culotte blanche.

Ai-je entendu quelque chose ?

C’était tellement instantané et incertain que je me demande si je ne suis pas dans un rêve. Il faut que je me réveille et que j’aille chercher le trésor. Mais le soleil me couvre comme un drap de duvet. Je me sens de plus en plus avachie.

De loin, j’entends un cri de joie. 

— Je l’ai trouvé !

L’amie à la jupe rouge revient et se jette sur moi en haletant. Cet odeur de cacahouète sucré…, je la connais : elle a mangé le « Bonbon de pupille ». 

— Regarde, je l’ai eu !

Elle agite un petit ruban blanc devant mes yeux.

— J’ai gagné un stylo à plume, c’est écrit ici, le vois-tu ?

Sur son front, sont collées quelques mèches de ses cheveux mouillés de sueur. Ses narines palpitent. Son haleine chaude s’échappe de son corps essoufflé.

— Moi, je vais aller voir les gens danser.

Elle part en courant. N’est-elle vraiment plus là ? Etrange que l’image de son visage rougi de chaleur soit encore là, devant mes yeux. Superposée sur le ciel indigo, son image flotte comme un reflet d’eau. Je tends mon bras en agitant vers le ciel. Son visage clapote et disparaît dans le bleu.

Il faut que je me lève pour aller voir danser les gens.

 

 

Sur le plateau de la montagne, tout le monde danse.

Les mamans et les papas, les enseignants de l’école, le Monsieur gardien et sa femme, quelques mamies et papis, le clochard du village. Personne ne semble être gêné par la mélodie ringarde du mambo qui bourdonne comme la voix d’une grand-mère enrhumée. Je crois que c’est le moment de changer la radio cassette de l’école.

Les enfants déambulent autour des adultes qui se laissent aller. Quelques gamins grignotent des pattes de calamars séchés. Il faut dire que ça pue. Mais quelle importance ? C’est le jour du grand pique-nique. Aujourd’hui, il m’est permis également de boire du Coca-cola qui, selon maman, est une boisson nuisible pour la santé.

Autour des enfants, des marchands ambulants crient pour attirer les clients.

— Pattes de calamars !

Parfois la concurrence les oblige à innover :

— Ici, c’est des pattes de calamars grillées sur le charbon !

— Calamars séchés, grillés, la peau enlevée !

Les marchands de sucette, de pop-corn, de ballons, de pistolet à eau…, ils sont venus pour faire un chiffre d’affaire avec l’argent de poche des enfants.  S’il y a un client à qui aucun marchand ne réussira à vendre quoi que ce soit, c’est ma sœur. Elle ne sortira pas une seule pièce de son porte monnaie, déjà suffisamment lourd, alors que les autres  et moi profitons à volonté du plaisir de dépenser. Cela nous a beaucoup manqué.

Sous l’ombre d’un vieux sapin, le marchand de caramel prépare son spectacle. Ses caramels ont un goût tout à fait médiocre. C’est tout de même lui qui attire le plus d’enfants. Il n’essaie pas de vendre ses caramels — de toute façon ça ne marchera pas —  mais il nous offre un spectacle très amusant en faisant claquer les lames de ses énormes ciseaux. La paire de ciseaux émet un son particulier qui ressemble un peu à celui d’une cymbale cassée.

D’abord, il commence sur un rythme lent et régulier en entonnant « Le chant de caramel ».  Petit à petit, sa voix subtile et fragile prend de la force, et change brusquement de ton. Le rythme de claquement des ciseaux devient rapide et irrégulier. Le chanteur tourne plusieurs fois sur lui-même et s’arrête brutalement. Puis il lance la paire de ciseaux en l’air, et tourne encore une fois pendant que les ciseaux retombent en tourbillonnant. Les enfants ont peur qu’il ne se blesse en rattrapant les ciseaux. Ils tremblent, certains serrent la poitrine.

Imperturbable, le marchand de caramel lève le bras en poussant un cri pour se concentrer. A la retombée des ciseaux, son pouce et ses quatre doigts se glissent souplement dans les deux anneaux, juste à la bonne place.

— Oui, oui ! s’exclament les enfants.

Sous un tonnerre d’applaudissements, le marchand de caramel enlève son chapeau en paille et salut ses clients.

Qui pourrait partir sans acheter son caramel après avoir vu un tel spectacle?

Les enfants sortent des pièces avec plaisir — tous  sauf ma sœur. Moi, j’achète une tranche de caramel aux sésames, le seul qui ait un goût à peu près correct.

 

 

Au milieu des gens qui se déhanchent en tournant dans tous les sens, je remarque soudain la chemise rose de maman. Elle danse avec quelqu’un. Ses joues ont pris la couleur d’azalée comme si elle était légèrement ivre. Son partenaire a posé le bras sur les épaules de maman et elle sourit en lui retournant un regard complice. Je veux savoir à qui sourit-elle d’une manière si tentatrice. A qui ?

 

Je m’en doutais, c’est mon maître !

Habillé en costume cravate même le jour du pique-nique !

 

Je me rappelle maintenant. Pendant la cérémonie du lundi dernier, il m’avait chuchoté :

— Sais-tu que tu es belle c­omme ta maman ? 

Intriguée, je ne savais pas quoi répondre. Me voyant embarrassée, il a pincé mon nez avec ses doigts mais sans me faire mal. Et il a murmuré :

— Coquine !

Au bord de ses lèvres, est apparu un sourire affectueux. 

— C’est bientôt le pique-nique, n’est-ce pas ?

Il m’a posé cette question d’une voix presque inaudible. Il riait bêtement et son regard était flou et absent. Je trouvais qu’il était un peu dans la lune.

A présent, le voilà excité comme un jeune cheval, il cabriole à côté de maman.

Brusquement il la prend dans ses bras et la relâche aussitôt. Maman fait semblant de ne pas être surprise. Elle remonte ses mèches tombées sur son visage. Ses éclats de rire se dispersent entre les mélodies de Rock’n’roll.

Elle passe sous le bras de mon maître qui la rattrape tendrement sur son dos. Il la serre un moment et elle s’échappe en pivotant plusieurs fois. Cette fois-ci, ils se tendent la main et se rapprochent pour tourner ensemble. Leurs jambes se croisent et se frottent. La cravate bleu marine de mon maître s’agite au vent en effleurant la chemise rose de maman. Elle est illuminée d’un sourire exquis. Je ne l’ai jamais vu dans un état pareille. Avec ses joues empourprées, on pourrait la prendre  pour une adolescente toute timide.

Ne seraient-ils pas amoureux par hasard ?

 

Hier soir, maman a longtemps soigné son visage après nous avoir annoncé qu’elle avait pris un jour de congé spécial pour venir au pique-nique.

— Moi aussi, j’ai envie de connaître ce que c’est un repos, a-t-elle dit en étalant sur son visage de la crème ; la marque de celle-ci était la fameuse « Amore ».

Après une longe séance de massage, elle est restée allongée pendant plus d’une demi-heure, avec le visage couvert de tranches de concombre.

Avant d’aller se coucher, elle nous a embrassés affectueusement un par un. Un énorme tas de bigoudis était collé sur sa tête. J’étais étonnée qu’elle ait décidé de dormir avec une tête pareille.

J’étais avant tout ravie, parce que mamie ne viendrait pas au pique-nique avec nous. J’ai passé une nuit agréablement détendue. Ni pipi au lit, ni cauchemar. Une grande bouffée d’oxygène.

Ce matin en montant à la montagne, je me suis retournée plusieurs fois pour voir si ce n’était pas mamie qui nous suivait et c’était bien maman qui levait la main pour me signaler qu’elle était là. J’étais gonflée de joie.

A notre arrivée, mon maître a sifflé plusieurs fois pour que les enfants gardent une file bien droite, mais personne ne l’écoutait. Finalement il a sorti un harmonica et rangé son sifflet dans sa poche. Il a commencé à jouer « Le printemps de mon village » et nous chantions ensemble sur la mélodie de l’harmonica. Les oiseaux sifflotaient les refrains. Les ruisseaux gazouillaient, et la montagne nous écoutait silencieusement. Au-dessus des fleurs d’azalée, deux papillons se faisaient la cour. Les ailes se frôlaient, les deux corps virevoltaient. Une fois, deux fois, trois fois.

Enlacés, il se sont posés sur un pétale.

Les azalées s’enflammaient.

 

    - écrit en 2008. sounya

 

  

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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 22:21

 

 

Sur tes joues

tes paroles sont liquéfiées.

 

Les mots dégoulinent,

brillent dans l’obscurité

 

Veux-tu que je pose

mes lèvres sur ta joue ?

 

- Ecrit le 18 novembre 2010, sounya

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 09:39

 

 

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Une trace et un signe?

 

Le silence était  long.

Ma main ne m'appartient pas, parfois il faut le souffle de la nature créatrice qui vient de loin.

 

 

  - tableau: 120 x 180 cm, encre de chine, pastel sur toile. le 20 janvier 2011, sounya

 

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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 17:50

 

 

Dans le jardin d’hiver

le soleil est encore bas.

Suis-je raisonnable,

d’entendre déjà le frémissement

des bourgeons impatients ?

De voir déjà

sur le mur glacé

le sourire espiègle

d’un chaton endormi ?

 

- le 5 janvier 2011 écrit par Sounya.

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Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 16:09

Sounya Art Poétique

Sounya peint et écrit

             Snapshot_20110116_2-copie-1.JPG

 

Fille du peintre coréen Wondang (원당 황인현)

Sounya peint depuis son enfance.

 

Livres

         Ainsi ce

   Ainsi ce monde devient céleste

Poésies anciennes de femmes coréennes

traduites, illustrées par Sounya

Editeur Sounya

Disponible: sur Fnac

                             Amazon

 

 

    lia_3_.jpg

Traces et Signes

Poésies et tableaux d'encre de chine de Sounya

Editions Alternatives

Disponible chez Editeur Sounya

 

Exposition   

 

Exposition "Ainsi ce monde devint céleste"


              Affiche

                       


Les poésies anciennes de femmes coréennes

illustrées par Sounya.

Date: 11 janvier - 18 mars 2012

Lieu: Entrepôt Paris 14ème

 

Rensignements: www.lentrepot.fr

 

 

 

 Contact: pour tous les rensignements....

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